01.10.2008
Double Face
Lorsqu’on comprend comment je suis devenu Poussin, il est aisé de voir comment la sectorisation de ma vie est devenue la clé de voûte de mon fonctionnement intérieur. Je m’explique car je sens que le brouillard s’épaissit à la lecture de ces quelques mots. Mes différentes fêlures m’ont divisé en deux parties : lumière et ombre, deux secteurs bien distincts, une double personnalité en quelques sorte. Le réel et le virtuel. Le virtuel est à la lumière ce que l’ombre est au réel…mais à l’heure actuelle, l’ombre n’est plus négative c’est mon vrai moi.
Tout se passe comme si je passais chaque jour un habit de lumière, le visible, l’image que je souhaite donner. Mon personnage virtuel est un trentenaire, célibataire, secret, mystérieux, taiseux (terme récemment ajouté à mon personnage par un de mes internes…). Peu de personnes le connaissent réellement car qui s’y frotte s’y pique. Mon personnage virtuel ressemble aux douves d’un château…pour le traverser, et accéder à mon autre moi, il faut pouvoir baisser le pont-levis…mais l’assaillant doit s’armer de patience et vaincre la carapace épaisse protectrice de mon moi virtuel. Mon personnage de rempart assume sa froideur, sa distance, son hostilité au monde qui tournoie autour de lui, son indifférence. Il ne cultive absolument pas la superficialité des rapports humains en société. Il préfère ne pas en faire parti car sa mission de protection prime sur tout le reste. Absolument pas peur de passer pour un asocial, bien au contraire…Tout se qui peut éloigner les curieux est bon à prendre… Alors oui mon personnage virtuel est un solitaire, rebelle à toute tentative d’intrusion dans son cercle vital…car les liens qui peuvent se tisser dans le monde professionnel (rappelons que nous passons 8 heures voire 10 h par jour au boulot) sont le plus souvent artificiels…et pour entretenir une relation (une conversation, un dialogue), l’appel à la vie privée comme source d’inspiration est imparable genre « qu’est ce tu as fait pendant ton week-end ? », « ah, t’es parti en vacances…mais avec qui ? », « mes enfants…tralala et blabla…et toi toujours pas d’enfant ? »…mais mon personnage virtuel ne souhaite pas trahir son moi réel et surtout ne veut pas choquer ses assaillants alors il répond toujours de façon évasive et concise pour couper court à toute nouvelle interrogation et surtout pour ne pas affronter le jugement des prétendants à ma vérité intérieure. En revanche mon personnage virtuel n’est absolument pas menteur…car si un de ses assaillants venaient à obtenir la clé pour baisser le pont-levis du château…mon personnage virtuel s’inclinerait, disparaitrait pour laisser sortir mon vrai moi…Seulement pour détenir cette clé, mes prétendants doivent disposer de solides atouts pour disposer de toute ma confiance…et à ce jour ces privilégiés se comptent sur les doigts d’une main !
L’habit de lumière me quitte dès que je franchis les portes du travail…je redeviens, moi, Poussin, avec une personnalité bien différente même si quelque trait de caractère de mon personnage virtuel s’accroche, tel des morpions dans une toison sauvage, à mes plumes…parce qu’il est souvent difficile de séparer mes deux facettes.
Christophe vient de gagner sa première plume...QP 7 : 2347 jours
12:14 Publié dans Dans le nid, Hôpital Story, On ne se refait pas | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : personnalité, carapace, réél, virtuel, personnage, lumière, ombre
24.09.2008
Extinction des feux
Les premières fois vous marquent à jamais et vous laissent comme un tatouage indélébile dans votre mémoire. Je continue mon parcours labyrinthique pour la troisième fois afin de comprendre comment je suis devenu Poussin.
La première fois où tout bascule
J'avais 15 ans et un corps d'adolescent. Fin de seconde, une année de lycée particulièrement folle avec une ambiance géniale et des fous rires en salle d'étude transformée par nos soins en tripot. Mes nuits, depuis près de 18 mois, regorgeaient d'images érotiques à foison. Au lieu de rêver comme les autres de femmes aux proportions généreuses, des hommes au sexe bien droit me caressaient langoureusement et insatiablement et se refusaient à partir de mon sommeil agité et pollué....Je me rassurai autant que possible en me répétant les lectures que j'avais étudiées avec assiduité chez...mon coiffeur. Un adolescent traverse toujours une période où l'attirance pour le même sexe est fréquente mais ne présage en rien son orientation sexuelle future...Mais même si je me martelais le contraire, je savais que je ne tournais pas rond...je savais que ces hommes qui m'offraient chaque nuit leur sexe m'entraînaient ostensiblement vers une direction que je ne voulais pas suivre...
Alors j'ai essayé d'être comme les autres. Au cours de cette année de lycée, je me suis tout doucement rapproché d'une fille qui semblait me plaire ou tout du moins je le croyais corps et âme. Nous avions les mêmes points communs, la même façon de regarderle monde qui s'agitait autour de nous. Une grande amitié est née. Je pensais que je pouvais aller plus loin...sortir avec elle (à l'heure actuelle j'aurai pu dire choper mais nous étions au début des années 90 alors...). Je me suis lancé un matin. Et là quelque chose s'est cassé. Les mots qu'il ne fallait pas prononcer sont sortis de cette bouche : "Je t'aime bien tu sais mais il parait que t'es pd et ça va pas être possible tu comprends ? qu'est ce que les autres vont penser ?"
En y repensant, cette phrase peut paraître anodine maintenant...mais elle a répandu son venin dans mes veines. Il s'est rapidement propagé dans tout mon corps et dans mon cerveau. Tout a sombré dans le noir comme lors d'une extinction des feux programmée. Une cassure profonde s'est creusée. Je tombe dans ma part d'ombre...Je ferme les portes, je les verrouille en les cimentant pour que personne ne puisse les réouvrir. Je ne serai plus qu'une ombre pour qu'aucun ne puisse véritablement savoir qui je suis...un pd. Je devais absolument me faire oublier, être transparent parce que apparemment ça se voyait que j'étais différent...une sorte de maladie avec des symptômes bien visibles. Se replier sur soi, refuser de développer d'autres relations sociales étaient une solution...à moins que...oui j'y ai pensé de nombreuses fois en passant toutes les méthodes que je connaissais. Ca me soulagerait, je ne serai plus une plaie, je ne souffrirai plus, je deviendrai réellement une ombre. Mais comment faire...médoc, corde, lame ?
Ma part d'ombre avait éteint toute la lumière et me rendait dangereux...avec moi.
QP n°6 sans rapport...: Qu'est ce que je n'aime pas au sens propre et au sens figuré ?
11:45 Publié dans Comment je suis devenu Poussin | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : ombre, gay, homosexualité




