09.10.2008

Le prix à payer

plnnko7i.jpgJ’avais bientôt 16 ans, un corps d’adolescent et un visage toujours imberbe. Je venais de commencer une nouvelle année au lycée, année charnière de la première S. Des couples se formaient à vitesse grand V. Des couples hétéros, et moi je regardais ce spectacle de la passion avec envie. Mon passager de l’ombre, tapi dans les méandres de mon esprit torturé, prenait désormais les commandes de ma vie. Il me susurrait dans le creux de mes oreilles « Tu n’as pas le droit…n’y songe même pas…tu aimes les garçons mais tu n’as pas le droit…ce n’est pas normal, tu n’es pas normal, tu es répugnant… ». Oui je n’avais pas le droit de vivre. Je devais faire taire mon colocataire. J’étais mal, trop mal, au bord du gouffre. Plus qu’un pas dans l’obscurité et je serai enfin libéré de tout ce poids. Je ne devais plus exister…tout serait soulagement et plénitude. Alors j’ai décidé du jour et de la méthode…La corde ou la lame, non je ne voulais pas souffrir et le sang…non je n’aime pas le sang…les médocs semblaient être la solution idéale mais lesquels ? Et comment se les procurer ?...j’ai fouillé dans l’armoire à pharmacie familiale…j’ai trouvé des somnifères…si j’en prenais suffisamment je devrais pouvoir partir progressivement, lentement, calmement, sereinement…Le jour fixé est arrivé, rapidement…je regardais la boîte qui devait m’offrir la sérénité. Mais je n’ai pas pu. J’ai vu mes parents effondrés dans l’incompréhension la plus totale et je n’ai pas pu. J’ai conclu un pacte avec mon passager de l’ombre. Je lui promettais de vivre en bannissant tout semblant de vie sexuelle…après tout ce serai simple et facile…je n’avais qu’à me consacrer corps et âme à mes études, personne ne s’inquiéterai de me voir seul… « Ah mais il n’a pas de petite amie….non vous savez, ces études lui prennent beaucoup de son temps et puis il a tout le temps d’y penser après… »…et ça a bien fonctionné. Mon clandestin s’est endormi et m’a laissé tranquille pendant quatre ans. Quatre années où je suis resté cloitré dans mon bureau à travailler, à passer mon bac brillamment, à réussir mon objectif d’avoir mon concours de Médecine du premier coup en terminant 6ème sur 572 inscrits et en étant major en Anatomie…mais quatre années où je suis devenu introverti, mélancolique, seul et méfiant car mon pacte conclu avec mon ombre stipulait bien que je devais tout faire pour ne pas me rappeler qui j’étais vraiment…un garçon qui aime des garçons…et quoi de plus efficace que de fuir toute relation sociale élaborée. La sérénité avait un prix à payer…je crois bien en y repensant que le tarif était prohibitif…

24.09.2008

Extinction des feux

Les premières fois vous marquent à jamais et vous laissent comme un tatouage indélébile dans votre mémoire. Je continue mon parcours labyrinthique pour la troisième fois afin de comprendre comment je suis devenu Poussin.

La première fois où tout bascule

J'avais 15 ans et un corps d'adolescent. Fin de seconde, une année de lycée particulièrement folle avec une ambiance géniale et des fous rires en salle d'étude transformée par nos soins en tripot. Mes nuits, depuis près de 18 mois, regorgeaient d'images érotiques à foison. Au lieu de rêver comme les autres de femmes aux proportions généreuses, des hommes au sexe bien droit me caressaient langoureusement et insatiablement et se refusaient à partir de mon sommeil agité et pollué....Je me rassurai autant que possible en me répétant les lectures que j'avais étudiées avec assiduité chez...mon coiffeur. Un adolescent traverse toujours une période où l'attirance pour le même sexe est fréquente mais ne présage en rien son orientation sexuelle future...Mais même si je me martelais le contraire, je savais que je ne tournais pas rond...je savais que ces hommes qui m'offraient chaque nuit leur sexe m'entraînaient ostensiblement vers une direction que je ne voulais pas suivre...

Alors j'ai essayé d'être comme les autres. Au cours de cette année de lycée, je me suis tout doucement rapproché d'une fille qui semblait me plaire ou tout du moins je le croyais corps et âme. Nous avions les mêmes points communs, la même façon de regarderle monde qui s'agitait autour de nous. Une grande amitié est née. Je pensais que je pouvais aller plus loin...sortir avec elle (à l'heure actuelle j'aurai pu dire choper mais nous étions au début des années 90 alors...). Je me suis lancé un matin. Et là quelque chose s'est cassé. Les mots qu'il ne fallait pas prononcer sont sortis de cette bouche : "Je t'aime bien tu sais mais il parait que t'es pd et ça va pas être possible tu comprends ? qu'est ce que les autres vont penser ?"

En y repensant, cette phrase peut paraître anodine maintenant...mais elle a répandu son venin dans mes veines. Il s'est rapidement propagé dans tout mon corps et dans mon cerveau. Tout a sombré dans le noir comme lors d'une extinction des feux programmée. Une cassure profonde s'est creusée. Je tombe dans ma part d'ombre...Je ferme les portes, je les verrouille en les cimentant pour que personne ne puisse les réouvrir. Je ne serai plus qu'une ombre pour qu'aucun ne puisse véritablement savoir qui je suis...un pd. Je devais absolument me faire oublier, être transparent parce que apparemment ça se voyait que j'étais différent...une sorte de maladie avec des symptômes bien visibles. Se replier sur soi, refuser de développer d'autres relations sociales étaient une solution...à moins que...oui j'y ai pensé de nombreuses fois en passant toutes les méthodes que je connaissais. Ca me soulagerait, je ne serai plus une plaie, je ne souffrirai plus, je deviendrai réellement une ombre. Mais comment faire...médoc, corde, lame ?

Ma part d'ombre avait éteint toute la lumière et me rendait dangereux...avec moi.

 

QP n°6 sans rapport...: Qu'est ce que je n'aime pas au sens propre et au sens figuré ?

18.09.2008

Naissance d'une ombre

Les premières fois vous marquent à jamais et vous laissent comme un tatouage indélébile dans votre mémoire.

Je continue dans le dédale mnésique pour comprendre comment je suis devenu Poussin.

La première fois où le trouble s’installe

 

J’avais 12 ans et un corps d’enfant, l’âge où certains garçons débutent leur puberté, où d’autres restent encore enfants, l’âge où les premières histoires de cœur débutent, l’âge où les garçons, imbibés de testostérone naissante, s’intéressent aux filles.

Les séances d’EPS étaient une véritable torture. Je n’étais guère sportif, allez savoir pourquoi mais pourtant je les attendais avec impatience non pas pour la joie d’être choisi en dernier dans une équipe de jeu collectif, non pas pour le bonheur de récolter des 5/20 en athlétisme mais pour le moment où nous nous retrouvions dans les vestiaires.

Mes camarades, pour la plupart, sportifs dans l’âme, dégoulinant de sueurs, prenaient une douche. Moi, je ne pouvais pas. J’avais honte de mon corps, j’étais trop pudique pour me déshabiller et surtout je n’étais pas encore formé. Je prenais alors le temps d’observer mes camarades enlever leurs vêtements. Déjà, en slip, certains semblaient être fort pourvu par Dame Nature et rien que de les voir ainsi j’étais à la fois hypnotisé par leurs formes mais apeuré si, par hasard, mon regard était décodé comme de la convoitise.

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Puis venait le temps de la douche collective, où les corps sont savonnés, où les mecs font des concours de bites (« c’est moi qui est la plus grosse »)…Le lecteur que vous êtes pourrait se dire à ce moment que c’est tout à fait normal de faire une comparaison de taille, que tous les mecs font ça…mais moi j’étais troublé…pas jaloux de la taille de leurs bites…troublé. Il y avait dans le groupe un ado de 13 ans, qui avait repiqué sa cinquième. Pas très futé mais très exhibitionniste. Son grand jeu dans les douches collectives était de se masturber jusqu’à l’orgasme. Et à chaque fois je ne ratais pas une seconde de ce spectacle érotique. Mes yeux étaient rivés sur sa tige bien droite. Il s’astiquait maladroitement et rapidement probablement par peur de se faire gauler. Et moi, au rythme de ses va-et-vient, j’essayai de dissimuler mon érection (c’était relativement simple en y repensant vu la taille enfantine de mon engin) mais ne pouvait pas détacher mon regard de sa queue attendant avec toujours la même pointe de curiosité son éjaculation profuse. Je compris à ce moment là que je n’étais pas normal et qu’il fallait absolument que personne ne s’en aperçoive. J’étais en danger…toutes ces images de sexe masculin polluaient mon esprit. Et ma part d’ombre déploya ses racines pour les enfoncer dans les failles de mon déséquilibre…

 

Photos extraites du blog http://petits-bouts-de-quotidien.blogspot.com/2006/09/de-lombre-la-lumire.html

17.09.2008

Et si j'étais comme...

Les premières fois vous marquent à jamais et vous laissent comme un tatouage indélébile dans votre mémoire.

Lorsque je parcours le fil de mon histoire à travers mon labyrinthe mnésique, je peux extraire plusieurs souvenirs, plusieurs réflexions et décisions qui ont contribué à me construire d’année en année et à être ce que je suis aujourd’hui…

 

…ou comment je suis devenu Poussin

 

La première fois où je me suis posé la question : « Et si j’étais comme eux ? »

 

J’avais 11 ans et un corps d’enfant. Je venais de regarder le journal télévisé du soir avec mes parents. C’était au mois de juin. Fin juin si mes souvenirs sont bons puisque qu’un reportage avait marqué mon attention : la gay pride. A cette époque, je savais ce qu’était l’homosexualité. Je n’avais pas trop d’idée sur le sujet mais j’avais un esprit très ouvert, probablement mature, et je n’étais pas choqué de voir deux hommes s’embrasser. En revanche lorsque je regardais le reportage sur la marche des fiertés, j’étais mal à l’aise non pas à cause des images que je voyais mais plutôt de la réaction de mes parents…un rejet total et même, oui, du dégoût. Pourquoi je me sentais aussi mal ? Ce n’était certainement pas moi qui était concerné par le sujet…Inconsciemment peut-être ce reportage me parlait…

Lorsque je retournai dans ma chambre, ce mal être grandissait. Pourquoi mes parents ne les aimaient-ils pas ? Ils n’étaient pas méchants, juste différents…quoique. Evidemment je pouvais comprendre que des hommes habillés en femme paraissaient étranges, que deux hommes ou deux femmes enlacés tendrement ce ne devait pas être évident mais ou était le problème ?... Mon esprit tournait à 100 à l’heure pour essayer de trouver les réponses.

 

Je me vois encore le nez devant la fenêtre à profiter des dernières minutes de lumière estivale avant de fermer mes volets.

Je me vois encore en train de me changer et de me préparer à aller au lit.

Je me vois encore assis dans mon lit…des larmes coulent sur mon visage d’enfant…Je venais juste de me poser la question : « Et si j’étais comme eux ? »…mes parents me détesteraient à tout jamais. Je ne serai que dégoût à leurs yeux.  Quel serait donc ma vie sans l’amour de mes parents ?

Cette nuit là, je ne dormis point.

Et cette question : « Et si j’étais comme… » résonnerait pendant longtemps encore comme une alarme signalant un danger…proche…trop proche.